Coordination

Christophe Gremion, Haute école fédérale en formation professionnelle HEFP
Sephora Boucenna, Université de Namur


Texte de cadrage

Tout travail prescrit est traduit et transformé par les acteurs afin de le rendre possible. Ce travail de “renormalisation” (appropriation – création d’un système de normes) (Schwartz, 2004) est à l’origine des genres professionnels. Lorsque, dans un groupe professionnel, se fixent des règles, s’élabore ce qui pourrait se rapprocher d’un code de déontologie, lorsqu’une direction définit les standards d’un travail bien fait, lorsque la formation anticipe le professionnel idéal pour le monde de demain, dans chacune de ces circonstances et sur la base de valeurs parfois divergentes (Gremion et al., 2021), un genre professionnel différent semble se dessiner.

Le (futur) professionnel se voit ainsi confronté à différents systèmes de normes (du métier, de l’employeur, de la formation…) qui sont autant de référents mobilisables pour sa propre reconnaissance professionnelle (Jorro, 2016). Va-t-il adopter l’une d’elle, l’appliquer de la manière la plus conforme ou va-t-il voir ces normes de manière critique au risque de les rejeter partiellement, voire complètement ? (Boltanski, 2009). Situation paradoxale mais peut-être nécessaire, car “les conflits de normes constituent de bons objets d’enquête potentiels” (Lussi Borer et Muller, 2014, p. 140) et participent tant de la construction identitaire que de la formation (De Ketele, 2017).

Ce symposium s’intéresse ainsi au double mouvement soumission à une norme vs émancipation de celle-ci en posant les questions suivantes :

  • Comment s’opère et s’observe la (re)normalisation dans ce double mouvement ?
  • Comment s’articulent ces deux mouvements, alliances et tensions, selon quelle logique, selon quel équilibre ?
  • Comment les acteurs de la formation ou de l’accompagnement usent-ils de ce double mouvement pour permettre l’apprentissage et la construction identitaire ?
  • Quelle place occupe ce double mouvement dans les dispositifs d’APP, d’autoévaluation ou de développement de la posture réflexive ? Comment le formateur / accompagnateur travaille-t-il avec cette tension?
  • Comment ces processus apparaissent dans d’autres champs ou secteurs d’activités professionnelles ?


Liste des références bibliographiques

Boltanski, L. (2009). De la critique : Précis de sociologie de l’émancipation. Gallimard.

De Ketele, J.-M. (2017). Concilier norme et singularités : comment utiliser nos marges de liberté ? Administration & Éducation, 155(3), 85 102. https://doi.org/10.3917/admed.155.0085

Gremion, C., Burgi, V., Gatti, R. et Le Roy, V. (2021). Identification des indicateurs de professionnalisation dans une formation initiale d’enseignants. Dans C. Gremion et C. de Paor (dir.), Processus et finalités de la professionnalisation. Comment évaluer la professionnalité émergente ? (p. 267 291). De Boeck Supérieur.

Jorro, A. (2016). De l’évaluation à la reconnaissance professionnelle en formation. Revue française de pédagogie, (190), 41 50.

Lussi Borer, V. et Muller, A. (2014). Exploiter le potentiel des processus de renormalisation en formation à l’enseignement. Activités, 11(2), 129 142. https://doi.org/10.4000/activites.967

Schwartz, Y. (2004). La conceptualisation du travail, le visible et l’invisible. L’Homme la Societe, n° 152-153(2), 47 77.


Contributeurs et contributrices

Sephora Boucenna, Université de Namur ; Sophie Vanmeerhaeghe, Université Libre de Bruxelles ; Alban Roblez, Institut français de l’éducation Lyon ; Olivier Neuhaus, HEFP ; Philippe Maubant, Université de Sherbrooke ; Sophie Le Garrec, Université de Fribourg ; Christophe Gremion, HEFP ; Olivier Collard-Bovy, Université catholique de Louvain ; Nancy Lauzon, Université de Sherbrooke ; Martine Picard, Université de Sherbrooke ; Vivien Braccini, P. S. Institut ; Lydia Bouhila, Université Toulouse Jean Jaurès ; Jean-François Marcel, Université Toulouse Jean-Jaurès.