Coordination

Rita Hofstetter, Université de Genève
Bérengère Kolly, Université Paris Est Créteil
Xavier Riondet, Université Rennes 2


Texte de cadrage

La convocation conjointe de la «nature» et de l’«altérité» est omniprésente en sciences de l’éducation et l’enfance depuis leurs premières émergences: il s’agit d’entretenir la «nature» supposée propre de l’enfance pour en assurer le développement naturel harmonieux, soit, une forme d’accomplissement identitaire; mais il s’agit tout autant d’élever et socialiser les éducables, ce qui présuppose une familiarisation avec autrui, avec des normes, traditions et cultures plurielles, permettant l’accès au savoir et le dépassement de soi. Tels sont les défis que s’attachent à relever les naissantes sciences de l’éducation et de l’enfance, ainsi que leurs porte-paroles réformistes; tels demeurent les argumentaires prévalant de nouvelles pédagogies dites «alternatives» comme de grandes organisations internationales: depuis les missions civilisatrices, la New Education Fellowship, le Bureau international d’éducation (par ex.), à l’Unesco comme «chef de file mondial» pour transformer l’éducation.

Que recouvrent ces notions, aux connotations polysémiques? Pourquoi et avec quels impacts prolifèrent-elles aussi bien pour catégoriser et protéger l’enfance, mesurer et valoriser le développement de l’intelligence, socialiser en contextes migratoires ici et ailleurs, concevoir des curriculum éradiquant haine et discrimination, réajuster des modèles pédagogiques en territoires étrangers, se réapproprier (de façon subversive aussi) des expériences d’ailleurs?

Valoriser l’identification autant que la désaliénation, la subjectivation parallèlement à l’objectivation, la différenciation en vue de l’universalisation.

La notion d’«Autre» est aussi susceptible de véhiculer une conception essentialisée ou mythifiée d’une «nature» (sauvage, idéalisée, ou à dompter ou à civiliser).

Or ces «ailleurs» peuvent aussi déjouer, par leurs agentivités et résistances, les frontières supposées closes entre les savoirs légitimes et clandestins, la pensée rationnelle et spirituelle, les assignations imposées, les autodésignations qu’elles colportent, les barrières construites entre soi et l’autre; en chacun de soi, au bénéfice d’héritages métissés.

Les partenaires du symposium font le pari d’un décentrement possible des sciences humaines, en dépassant cloisonnements disciplinaires, géographiques et culturels pour penser ensemble l’évolution des réformes pédagogiques à l’aune de ces notions jumelées –à la fois indissociables et possiblement contradictoires– de «nature» et «altérité».


Contributeurs et contributrices

Catherine Larochelle, Université de Montréal ; Sébastien-Akira Alix, Université Paris Est Créteil ; Bérénice Bernard, Institut d’études politiques/Université de Genève ; Günce Bekkert, Université de Genève ; Rita Hofstetter, Université de Genève ; Bernard Schneuwly, Université de Genève ; Dorena Caroli, Université de Bologne ; Bérengère Kolly, Université Paris Est Créteil ; Xavier Riondet, Université Rennes 2 ; Pierre-Eric Fageol, Université de La Réunion ; Maïtena Armagnague, Université de Genève ; Hugo Li, KU Leuven Belgique ; Sarah Van Ruyskensvelde, KU Leuven ; Clarice Loureiro, Université de Genève ; Sarah Scholl, Université de Genève.